Record de vitesse sur le Mont Blanc : historique, chronologie et détails de la performance de Kilian Jornet
Le record du Mont Blanc est détenu par Kilian Jornet en 4h57m40s (11 juillet 2013).
- Performance réalisée en aller-retour à pied depuis Chamonix.
- Ancien record à pied : 5h11 par Pierre-André Gobet (1990).
- Record ski-alpinisme : 5h06 par Mathéo Jacquemoud (mai 2013).
- Descente sommet-église record : 32min par Nicolas Anthonioz (2013).
- Premier chrono historique : 16h30min par Frédérick Morshead (1874).
Records de vitesse sur le Mont Blanc : l’historique complet des chronologies
| Date | Performance | Détails clés |
|---|---|---|
| 20 juillet 1874 | 16h30min | Frédérick Morshead, aller-retour Chamonix |
| 21 juillet 1990 | 5h11 | Pierre-André Gobet, record à pied |
| 30 mai 2003 | 5h15 | Brosse et Gignoux, record à ski |
| 30 mai 2003 | 1h8 | Descente à ski record, Brosse et Gignoux |
| 25 avril 2013 | 32min | Descente sommet-église par Nicolas Anthonioz |
| 14 mai 2013 | 5h06 | Record ski-alpinisme par Mathéo Jacquemoud |
| 11 juillet 2013 | 4h57m40s | Kilian Jornet, aller-retour à pied, Chamonix |
Une progression marquée par les évolutions techniques
L’histoire des records de vitesse sur le Mont Blanc illustre une quête constante de performance depuis la fin du XIXe siècle. La première performance chronométrée digne de ce nom revient à Frédérick Morshead qui, le 20 juillet 1874, réalise l’aller-retour Chamonix-sommet en 16h30min. Il faudra ensuite attendre plus d’un siècle pour voir ce temps chuter drastiquement.
Le tournant s’opère à la fin du XXe siècle avec l’émergence des athlètes spécialisés en trail et en alpinisme. En 1990, le Suisse Pierre-André Gobet établit un nouveau standard à pied en 5h11, performance qui restera la référence pendant plus de vingt ans. Côté ski, Stéphane Brosse et Pierre Gignoux repoussent les limites en 2003 avec un chrono de 5h15 et une descente éclair en 1h8.
L’année 2013, tournant décisif
L’année 2013 bouleverse la hiérarchie établie. Le 14 mai, Mathéo Jacquemoud s’empare du record ski-alpinisme en 5h06, améliorant de neuf minutes le temps de Brosse et Gignoux. Puis, le 11 juillet, Kilian Jornet pulvérise le record à pied de Gobet en signant un aller-retour en 4h57m40s, soit 14 minutes de moins que l’ancien chrono. L’ascension seule est bouclée en 3h33. Deux records distincts coexistent désormais : la référence à pied (Jornet) et la référence à ski (Jacquemoud). Les tentatives se poursuivent ensuite avec des variantes de parcours, notamment depuis Courmayeur par la voie du pape, un défi de 52km avec 3800m de dénivelé positif.
Kilian Jornet et Summits of my Life : la quête du record du Mont Blanc

Le nom de Kilian Jornet reste indissociablement lié au record de vitesse sur le Mont Blanc. L’exploit réalisé à l’été 2013 s’inscrit dans un projet bien plus vaste, Summits of my Life, une aventure personnelle dédiée à la recherche de performances pures en altitude.
Le projet Summits of my Life
Ce programme ambitieux vise à gravir les plus hauts sommets de la planète en combinant trail et alpinisme, avec pour objectif de battre des records de vitesse sur des itinéraires exigeants. Le Mont-Blanc fait partie des huit ascensions mythiques sélectionnées. L’idée n’est pas de conquérir de nouvelles voies, mais de relier le fond de vallée au sommet et d’en revenir par les voies les plus rapides. L’athlète catalan recherche la performance pure, pour tester les limites du corps humain.
La journée du 11 juillet 2013 : déroulé de l’exploit
Le jour J, Kilian Jornet s’élance à pied depuis l’église de Chamonix à 4h46 du matin, accompagné de son rival et ami Mathéo Jacquemoud. Les deux hommes progressent ensemble tout au long de la montée, partageant l’effort. Le passage au sommet du Mont-Blanc (altitude 4810m) s’effectue en 3h33, un temps exceptionnel.
La descente marque la différence : Jornet opte pour une stratégie déroutante, glissant sur les fesses dans les pentes enneigées de la face Nord, courant et sautant entre les passages rocheux. L’arrivée au pied de l’église Saint-Michel se fait en 4h57m40s.
Voici les temps clés de cette journée mémorable :
- Départ à 4h46 de l’église Saint-Michel de Chamonix, avec Mathéo Jacquemoud.
- Ascension en 3h33 jusqu’au sommet, en passant par le refuge des Grands Mulets.
- Descente en glissant sur les fesses et en courant sur les passages enneigés.
- Arrivée en 4h57m40s, nouveau record aller-retour sans skis.
À l’arrivée, malgré l’exploit solitaire, Jornet insiste sur la dimension collective : il partage le record avec Jacquemoud, qui l’a accompagné pendant la quasi-totalité de la course. Leur entraide dans les passages difficiles a été déterminante.
Comparatif des performances : Jornet, Jacquemoud, Gobet et les autres
Comparer les chronologies du Mont-Blanc nécessite de bien distinguer deux disciplines : la course à pied et le ski-alpinisme. Les performances se lisent comme une histoire parallèle, où chaque mode de progression a son propre référentiel. Ce tableau synthétise les records les plus marquants.
| Athlète | Année | Discipline | Temps |
|---|---|---|---|
| Kilian Jornet | 2013 | À pied (aller-retour) | 4h57m40s |
| Mathéo Jacquemoud | 2013 | Ski-alpinisme | 5h06 |
| Pierre-André Gobet | 1990 | À pied (aller-retour) | 5h11 |
| Stéphane Brosse & Pierre Gignoux | 2003 | Ski-alpinisme | 5h15 |
Des records distincts selon la discipline
La différence de 14 minutes entre Jornet (4h57m40s) et Gobet (5h11) marque l’évolution de la course à pied en montagne. Pour le ski, Jacquemoud a amélioré de 9 minutes le temps de Brosse et Gignoux, qui avait établi leur record en 5h15. Ces performances ne sont pas comparables directement : les conditions de neige et les itinéraires empruntés diffèrent trop.
La descente joue un rôle décisif dans ces chronos. Brosse et Gignoux avaient signé une descente à ski en 1h08, tandis que Nicolas Anthonioz a réalisé une descente depuis le sommet jusqu’à l’église en seulement 32 minutes. Côté féminin, Emelie Forsberg a marqué l’histoire avec une ascension Chamonix-sommet en 5h16, confirmant que ces exploits ne sont pas réservés aux hommes.
Réactions et médiatisation : polémiques autour du record de Jornet
L’exploit de Kilian Jornet a été salué par la presse, qui n’a pas hésité à le qualifier d’« extraterrestre ». Pourtant, l’athlète a immédiatement tenu à partager la lumière : parti à 4h46 avec Mathéo Jacquemoud, il a rappelé que « le record, c’est tous les deux », malgré une arrivée en solitaire.
Cette performance, réalisée sans ski, a cependant ouvert une polémique sur l’homologation. Les puristes distinguent les records à pied de ceux à skis, et certains contestent la validité d’un chrono établi dans des conditions de neige idéales, où la descente s’effectue en partie « en glissant sur les fesses ». Une page Wikipédia est même dédiée à ces débats.
Itinéraire et conditions : le défi de l’aller-retour Chamonix-Mont Blanc
Le parcours de l’aller-retour : voies et points de passage
- Départ de l’église Saint-Michel de Chamonix, point de référence historique.
- Voie des Grands Mulets, itinéraire classique côté français, via le tunnel du Mont-Blanc.
- Passage au refuge Vallot, dernier point de repère avant l’arête sommitale.
- Arrivée au sommet à 4 810 m, altitude maximale de l’itinéraire.
- Retour par le même itinéraire jusqu’à l’église Saint-Michel.
L’aller-retour depuis le centre de Chamonix représente un défi d’endurance exceptionnel. Sur le versant italien, la variante depuis Courmayeur totalise 52 km et 3 800 m de dénivelé positif. Pour le record de Jornet, le parcours ne laisse aucune part à l’improvisation : chaque mètre compte.
Le tracé n’est pas imposé réglementairement, seuls les points de départ et d’arrivée fixent la règle. Les athlètes optent généralement pour la voie la plus directe, celle qui minimise les risques objectifs tout en offrant un terrain propice à la vitesse.
Les conditions météo et de neige décisives
L’état de la neige et du glacier conditionne directement la performance. Lors du record, les conditions sont décrites comme optimales : une neige « bien » portante, permettant une progression rapide et une descente efficace sur les pentes raides. Jornet a d’ailleurs effectué une partie de sa descente en glissant sur les fesses, une technique improvisée rendue possible par ces conditions idéales.
La fenêtre météorologique joue un rôle tout aussi critique. Un départ à 4 h 46 permet de profiter de la neige encore dure et de la fraîcheur matinale, avant que le soleil ne dégrade la surface. La compacité du duo Jornet-Jacquemoud a transformé cette contrainte naturelle en accélérateur de performance.
