Kilian Jornet Everest temps : l’ascension en 26 heures et la double ascension sans oxygène
Kilian Jornet a gravi l’Everest en 26 heures depuis le monastère de Rongbuk.
- Aller-retour complet en 38 heures.
- 3 800 m de dénivelé positif cumulé.
- Départ à 5 100 m, au monastère de Rongbuk.
- 30 km de moraines à traverser.
- Réalisé sans oxygène ni cordes fixes.
- Deux sommets en six jours d’intervalle.
L’exploit physique hors norme de Kilian Jornet sur l’Everest
Ce qui distingue l’ascension de Kilian Jornet des expéditions classiques, ce n’est pas seulement la vitesse. C’est la répétition de l’effort dans une fenêtre de temps très courte, avec un équipement minimal et aucune assistance respiratoire. Deux sommets, six jours d’intervalle, et une montagne gravie comme on enchaîne deux sorties en montagne.
Pour mesurer la difficulté réelle, il faut regarder le terrain avalé depuis le point de départ. Le dénivelé positif de 3 800 mètres, sur des pentes de la face nord dépassant 50 degrés, situe l’effort bien au-delà d’une simple course d’altitude. Le tout en partant du camp de base avancé à 6 500 mètres pour les portions sommitales.
Les chiffres qui résument l’exploit :
- Deux sommets en six jours : une répétition rare à cette altitude.
- Sans oxygène ni cordes fixes : autonomie totale du début à la fin.
- Dénivelé positif de 3 800 mètres : l’équivalent d’une course alpine majeure.
- Pentes de face nord à plus de 50 degrés : terrain technique et exposé.
- Départ du camp avancé à 6 500 mètres : l’altitude s’ajoute à la pente.
Ce qui rend la performance presque irréelle, c’est la combinaison de ces contraintes. Un alpiniste chevronné peut viser l’un de ces paramètres isolément. Jornet les empile tous : la répétition, l’altitude, la technicité et l’absence de toute aide logistique lourde.
Cette approche porte un nom dans le milieu : le style alpin poussé à son extrême. Là où une expédition commerciale mobilise des centaines de kilos de matériel, des bouteilles d’oxygène et des cordes installées à l’avance, il part léger, seul avec ses jambes et son expérience. C’est cette philosophie minimaliste qui donne à l’exploit sa dimension hors norme, bien plus que le chrono final.
Le temps de 26 heures : analyse du record de vitesse

| Segment du parcours | Altitude de départ | Durée ou distance |
|---|---|---|
| Monastère de Rongbuk, sommet | 5 100 m | 26 heures |
| Aller et retour complet | 5 100 m | 38 heures |
| Dénivelé positif cumulé | Rongbuk | 3 800 m |
| Moraines à traverser | Rongbuk | 30 km |
| Ascension finale sur la face nord | Camp avancé, 6 500 m | 2 300 m |
Le chrono de 26 heures correspond au temps mis par Kilian Jornet pour rejoindre le sommet à 8 848 mètres depuis le monastère de Rongbuk, situé à 5 100 mètres d’altitude. Le départ est donné de nuit, ce qui permet de franchir les 30 kilomètres de moraines instables avant les premières lueurs du jour et de limiter l’exposition au vent sur les sections découvertes.
Ce temps ne se limite pas à la montée. L’aller-retour complet depuis Rongbuk est bouclé en 38 heures, un chiffre qui intègre la descente sur un terrain technique avec une fatigue accumulée après plus d’une journée d’effort continu. Pour beaucoup d’alpinistes, ces 38 heures représentent déjà une expédition entière, étalée sur plusieurs jours avec des camps intermédiaires et des rotations.
Pourquoi ce chrono reste une référence
Ce qui distingue le record de vitesse de Jornet, c’est l’absence totale d’assistance lourde : pas d’oxygène artificiel, pas de cordes fixes posées à l’avance, pas de porteurs d’altitude. La face nord, avec ses pentes dépassant 50 degrés, impose une progression lente et technique, notamment entre le camp avancé à 6 500 mètres et le sommet, où il reste 2 300 mètres à gravir.
La comparaison avec les 600 alpinistes et porteurs qui atteignent le sommet chaque année éclaire l’écart : la plupart utilisent deux à trois jours depuis le camp de base avancé, avec bouteilles d’oxygène et camps installés. Jornet réalise l’intégralité du parcours en une seule poussée, ce qui rend son temps difficilement comparable aux records officiels mesurés depuis des points de départ différents.
L’ascension sans oxygène : défi et signification
Pourquoi l’absence d’oxygène change tout
Au-dessus de 8 000 mètres, la pression atmosphérique chute tellement que chaque inspiration apporte environ un tiers de l’oxygène disponible au niveau de la mer. La plupart des alpinistes ont alors recours à des bouteilles d’oxygène complémentaire pour progresser et limiter les risques. Kilian Jornet a gravi l’Everest sans aucune oxygène artificiel, en respirant uniquement l’air ambiant jusqu’aux 8 848 mètres du sommet.
Ce choix augmente considérablement la difficulté : le corps s’épuise plus vite, la lucidité diminue et la marge de sécurité se réduit. En enchaînant deux sommets en une semaine dans ces conditions, Jornet a démontré que l’acclimatation et l’endurance pouvaient repousser des limites longtemps considérées comme infranchissables. Il ouvre, selon ses propres mots, de nouvelles possibilités en alpinisme.
Le style alpin minimaliste de Jornet face à la logistique lourde
L’ascension sans oxygène s’accompagne chez Jornet d’un style alpin pur : pas de cordes fixes, pas de camps intermédiaires installés à l’avance, pas de porteurs d’altitude. Il part léger, seul ou presque, et gère lui-même sa progression, son ravitaillement et sa sécurité.
Cette approche s’oppose à la logistique lourde des expéditions commerciales, où des centaines de bouteilles, de tentes et de cordes sont acheminées par des équipes entières. Chaque année, environ 600 alpinistes et porteurs atteignent le sommet par ce type d’organisation. Le minimalisme de Jornet inverse la logique : moins de moyens, plus d’autonomie, et une vitesse qui devient la principale garantie de sécurité.
La double ascension de l’Everest en une semaine
Réaliser un sommet à 8 848 mètres sans oxygène constitue déjà une performance rare. Redescendre, récupérer, puis repartir à l’assaut du même sommet moins d’une semaine plus tard relève d’une autre dimension. C’est pourtant ce qu’accomplit Kilian Jornet en enchaînant une première ascension en solitaire par la face nord et une seconde quelques jours après. Entre les deux, il ne rentre pas chez lui : il reste sur place, mange, dort, surveille la météo et guette une fenêtre favorable.
La deuxième ascension intervient un samedi 27 mai, seulement six jours après la première. Les conditions sont nettement plus hostiles, avec un vent violent qui ralentit la progression et complique chaque appui sur les pentes raides. Jornet atteint malgré tout le sommet une nouvelle fois, sans oxygène artificiel ni cordes fixes posées pour lui. Sa réaction au sommet résume l’état d’esprit : une immense satisfaction d’y être parvenu de nouveau, malgré la fatigue accumulée et le froid mordant.
Ce qui frappe dans cet enchaînement, c’est la capacité de récupération. Là où la plupart des alpinistes accordent plusieurs semaines à leur corps pour se réadapter après un sommet à cette altitude, Jornet enchaîne deux efforts extrêmes en six jours. Cette double ascension transforme l’exploit ponctuel en démonstration de résilience : ce n’est pas seulement une question de vitesse sur une journée, mais d’endurance sur la durée.
L’ascension par la face nord et son tracé depuis Rongbuk
Kilian Jornet a choisi la voie tibétaine par la face nord, moins fréquentée que l’itinéraire népali. Son point de départ n’est pas le camp de base classique, mais le monastère de Rongbuk, perché à 5 100 mètres d’altitude. Ce choix rallonge considérablement le parcours et ajoute un dénivelé que peu d’alpinistes affrontent.
Depuis Rongbuk, le tracé traverse d’abord 30 kilomètres de moraines instables avant d’atteindre le camp de base avancé à 6 500 mètres. Au-delà, la face nord dresse ses pentes à plus de 50 degrés d’inclinaison, sur une ascension supplémentaire de 2 300 mètres jusqu’au sommet à 8 848 mètres. Le dénivelé positif total depuis le départ atteint ainsi 3 800 mètres.
Ce tracé intégral, couru d’une seule traite sans cordes fixes ni camps intermédiaires, transforme une voie d’expédition classique en un effort continu où chaque mètre compte. C’est cette continuité depuis la vallée qui donne à l’ascension sa dimension hors norme.
Qui est Kilian Jornet : profil de l’athlète
Né en 1987 à Sabadell, en Catalogne, Kilian Jornet grandit dans un refuge de montagne des Pyrénées tenu par ses parents. Ce cadre explique en partie sa relation à l’altitude : il marche en montagne avant de savoir lire, et multiplie très tôt les sorties longues en autonomie.
- Naissance : 1987, à Sabadell, Espagne
- Enfance : refuge familial des Pyrénées catalanes
- Projet phare : Summits of my Life
- Fait marquant : recordman de l’Everest sans oxygène
- Endurance : sorties longues dès l’enfance
Un skyrunner devenu alpiniste complet
Sa carrière démarre par la course en montagne et le ski alpinisme, disciplines où il accumule les victoires sur des formats de plusieurs heures. Cette base lui donne une capacité d’endurance hors norme et une gestion très fine de l’effort en altitude.
Il se tourne ensuite vers des projets plus engagés, en style alpin léger, avec des ascensions rapides sur des sommets comme le Cervin ou le Mont Blanc. Le projet Summits of my Life prolonge cette démarche : enchaîner des sommets emblématiques en autonomie minimale.
Une philosophie plus qu’un palmarès
Kilian Jornet ne cherche pas seulement la performance chronométrée, mais une manière différente de gravir les montagnes : peu de matériel, pas d’oxygène, pas de cordes fixes. Son profil d’athlète se lit donc autant dans ses records que dans ses choix de style.
