La face nord de l’Eiger : histoire, voies d’ascension et préparation

La face nord de l’Eiger est vaincue en 1938 après des années de drames.

  • Voie Heckmair, ouverte en 1938, reste l’itinéraire de référence.
  • 9 alpinistes sont morts avant la première ascension réussie.
  • Première hivernale en 1961, réalisée en 6 jours.
  • Première solitaire par Michel Darbellay en 1963.
  • Paroi de 1 800 mètres de roche et de glace, cotée ED.

La face nord de l’Eiger : histoire, tragédies et première ascension de 1938

Les tragédies avant la première ascension

Avant la victoire de 1938, la paroi de 1 800 mètres de roche et de glace a longtemps été un piège mortel. Dès les années 1930, les plus grands alpinistes européens tentent leur chance sur ce qu’on appelle encore la « paroi des parois ». Les échecs s’enchaînent et le bilan est terrible : neuf alpinistes perdent la vie avant la première réussite.

Le drame le plus marquant reste celui de 1936, lorsque la tentative de quatre cordées se solde par la mort de cinq alpinistes. Le corps de l’un d’eux, Toni Kurz, restera suspendu à quelques mètres de la cordée de secours, un épisode qui a profondément marqué l’imaginaire collectif et a conduit à l’interdiction de toute tentative sur la face nord par le canton de Berne.

La première ascension de 1938 et les suivantes

Il faut attendre 1938 pour voir la face enfin vaincue. Du 21 au 24 juillet, l’équipe germano-autrichienne composée de Anderl Heckmair, Heinrich Harrer, Fritz Kasparek et Ludwig Vörg réussit l’ascension complète. Leur itinéraire, qui deviendra la voie Heckmair, reste aujourd’hui encore la référence absolue dans ce versant.

Les répliques ne tardent pas :

  • Deuxième ascension : Lachenal et Terray, du 14 au 16 juillet 1947
  • Troisième ascension : Schlunegger, Schlunegger et Jermann, les 4 et 5 août 1947
  • Quatrième ascension : réalisée le 26 juillet 1950
  • Première hivernale : du 6 au 12 mars 1961, en 6 jours et 5 nuits
  • Première solitaire : par Michel Darbellay en 1963

Ce n’est qu’après cette période que la paroi a révélé ses secrets, permettant aux alpinistes de mieux comprendre ses pièges. L’Eiger, sommet de 3 970 mètres dominé par le Mönch et la Jungfrau, n’a jamais cessé d’écrire son histoire depuis. La face nord fascine encore, entre exploits et mémoire de ceux qui s’y sont brisés.

Les voies d’ascension de l’Eiger : de la voie Heckmair à l’arête Mittellegi

face nord de l eiger

Itinéraire Localisation Cotation Difficulté majeure
Voie Heckmair Face nord ED Engagement V, 5c obligatoire
Voie Lauper Face nord-est D Glace et rocher mixte
Arête Mittellegi Arête nord-est D+ Cordes fixes, exposition
Versant ouest Face ouest AD Moins technique, descente

La voie Heckmair et ses variantes en face nord

La voie Heckmair est l’itinéraire historique tracé lors de la première ascension de 1938. Elle gravit les 1 800 mètres de la paroi en combinant couloirs de glace, dalles compactes et traversées aériennes. Avec une cotation ED, un engagement de niveau V et des passages en 5c obligatoire, elle exige une maîtrise totale du terrain mixte.

Les conditions alpines y sont sévères : chutes de pierres fréquentes, glace parfois mince et météo changeante, comparables à celles rencontrées sur la tour de glace de Freissinières. La traversée Hinterstoisser, passage clé de l’itinéraire, se franchit en environ 2 h 23 pour les plus rapides. La voie Lauper, ouverte en 1932, constitue une alternative exigeante sur la face nord-est, avec un caractère plus glaciaire, tout comme l’arête sud de l’Aiguille Noire de Peuterey.

L’arête Mittellegi et les autres itinéraires

L’arête Mittellegi offre une approche différente, sur l’arête nord-est. Elle requiert une haute expérience de l’alpinisme et l’usage de cordes fixes. Depuis la gare d’Eismeer, comptez 2 heures pour rejoindre le refuge Mittellegi avant d’attaquer la crête, à l’image de l’itinéraire du Pic de la Belle Étoile qui demande une journée complète. Le versant ouest, moins technique, sert souvent à la descente, tandis que l’arête sud constitue la seconde voie normale.

Quel que soit l’itinéraire choisi, un guide de haute montagne est fortement recommandé, comme pour une randonnée au Mont de la Coche dans les Bauges. La préparation matérielle doit être irréprochable : corde à double de 60 mètres, 12 dégaines longues, 4 broches à glace et une cordelette de 10 mètres pour les rappels. Un sac de 20 à 30 litres permet de transporter l’essentiel sans s’alourdir.

Désastres, filmographie et culture : l’Eiger dans l’imaginaire alpin

L’Eiger au cinéma et dans la littérature

La face nord de l’Eiger a transcendé le monde de l’alpinisme pour devenir un véritable mythe culturel. Dès 1938, l’expression de Fritz Kasparek « Les Trois Derniers Problèmes des Alpes » fixe le triptyque mythique avec les faces nord des Grandes Jorasses et du Cervin. Le récit de la première ascension, publié par Anderl Heckmair en 1949, pose les fondations d’une littérature alpine qui ne cessera de s’enrichir.

Le cinéma s’empare également du mythe. Le documentaire Eiger-nordwand (2002) de Frank Senn offre une perspective intime sur la paroi, tandis que le livre Eiger, théâtre du vertige de Daniel Anker (2000) analyse les 70 premières années d’histoire de la face. Pour ceux qui préfèrent les témoignages directs, la Directissime de l’Eiger de Dougal Haston (1967) relate un itinéraire extrême, et le reportage de la RTS « Les héros de l’Eiger » (1961) immortalise l’exploit hivernal de Toni Hiebeler.

Les grands désastres et sauvetages historiques

Avant la première ascension de 1938, la face nord avait déjà tué. Le désastre de 1936 marque un tournant : la tentative de quatre alpinistes allemands et autrichiens se solde par la mort de cinq personnes, dont deux sauveteurs un drame qui pousse le canton de Berne à interdire temporairement l’ascension après que 9 alpinistes ont perdu la vie dans la paroi.

Malgré les tragédies, les sauvetages spectaculaires jalonnent l’histoire. Les opérations de secours dans la face nord sont réputées pour leur complexité logistique, mobilisant hélicoptères et cordées de sauveteurs aguerris. Chaque drame alimente un récit collectif : les récits de tentative ratée, les retraites miraculeuses et les corps jamais retrouvés ont construit la légende noire de la paroi. Cette dimension tragique est indissociable de l’attrait qu’exerce l’Eiger sur les alpinistes : là où d’autres sommets offrent des défis sportifs, la face nord propose une confrontation avec l’histoire et avec soi-même un théâtre où chaque grimpeur sait qu’il écrit, à son tour, une page de cette saga.

Les records de vitesse et les performances notables dans la face nord

Alpiniste Date Temps de montée
Ueli Steck 13 février 2008 2 h 47
Ueli Steck 2007 3 h 54

Le record de vitesse dans la face nord de l’Eiger appartient à Ueli Steck, dit « The Swiss Machine ». Le 13 février 2008, il boucle l’ascension en 2 h 47, un temps qui paraissait inaccessible. Un an plus tôt, il avait déjà signé un premier exploit en 3 h 54, posant les bases d’une performance qui allait marquer l’histoire de l’alpinisme.

Tous les records établis dans cette paroi le sont sur la voie Heckmair classique, l’itinéraire historique de la première ascension de 1938. Cette ligne exigeante reste la référence pour évaluer le niveau d’un grimpeur, même pour les meilleurs. Le guide Dani Arnold, auteur d’autres chronos remarquables, déclarait d’ailleurs qu’améliorer le temps d’Ueli Steck serait trop dangereux. Une phrase qui résume à elle seule la fine frontière entre performance et survie sur cette paroi.

Ces records ne doivent pas occulter l’essentiel : la face nord reste une course d’engagement extrême. La traversée du passage Hinterstoisser demande à elle seule 2 h 23 aux alpinistes rapides. Pour le commun des pratiquants, compter une journée entière reste la norme, souvent davantage en conditions hivernales.

Bibliographie et ressources pour préparer l’ascension de l’Eiger

Pour préparer sérieusement votre projet, commencez par consulter le topo détaillé de la voie Heckmair sur Camptocamp.org. Cette référence collaborative fournit des informations précises sur les longueurs, les cotations et l’état du terrain. Complétez avec les ressources spécialisées comme eigertopo.com et ukclimbing.com, qui publient des retours d’expérience et des analyses techniques de la paroi.

  • Topo Camptocamp : voie Heckmair complète, cotations et longueurs détaillées
  • eigertopo.com : schémas techniques et variantes de la face nord
  • ukclimbing.com : retours d’ascensions et conseils pratiques en anglais
  • Webcams jungfrau.ch : conditions en direct sur la face nord
  • Webcams bergfex.fr : météo et névé visibles depuis la Jungfrau
  • Récit de Raphaël Georges : hivernale en face nord, témoignage guide de haute montagne

L’Eiger et les trois grandes faces nord

L’expression « trois grandes faces nord des Alpes » Eiger, Grandes Jorasses, Cervin a été popularisée par Fritz Kasparek dès la première ascension de 1938. Pour approfondir, lisez « Les Trois Derniers Problèmes des Alpes » d’Anderl Heckmair (1949), le récit fondateur de la conquête de la paroi. Plus récemment, « La Directissime de l’Eiger » de Dougal Haston (1967) documente une autre époque de l’alpinisme extrême.

Le livre « L’Eiger, théâtre du vertige » de Daniel Anker (2000) reste l’ouvrage de référence pour comprendre l’histoire complète de la montagne, ses drames et ses héros. Pour une approche visuelle, le documentaire « Eiger-nordwand » de Frank Senn (2002) et le reportage RTS « Les héros de l’Eiger » consacré à Toni Hiebeler offrent des témoignages uniques sur les premières hivernales.

Préparation physique, matériel technique et niveau requis pour l’Eiger

La face nord de l’Eiger exige une excellente condition physique et une maîtrise parfaite des techniques de glace et de rocher. Avec ses 1 800 mètres de dénivelé et des pentes de neige atteignant parfois 45°, l’engagement est total. Une expérience préalable en cascade de glace et sur les grandes voies des Alpes est indispensable avant de s’attaquer à la voie Heckmair, cotée ED avec des passages de 5c obligatoires. Un guide de haute montagne est vivement recommandé.

Le matériel doit être spécifique et léger : un sac à dos de 20 à 30 litres, une corde à double de 60 mètres ou une corde à simple de 50 mètres, 12 dégaines longues et 4 broches à glace. Prévoyez également un kit de crevasses complet. Pour l’arête Mittellegi, des cordes fixes équipent le parcours.

L’ascension de la face nord requiert une rapidité d’exécution et une gestion mentale solide. La verticalité et le risque d’éboulement sont omniprésents. Une préparation physique intense, axée sur le gainage et l’endurance, est essentielle pour progresser efficacement dans les passages clefs comme la traversée Hinterstoisser. Le refuge Mittellegi, accessible en 2 heures depuis Eismeer, offre une option de repli sécurisée.




Auteur/autrice

  • J'adore voyagé et tout particulièrement montagne, été comme hiver.